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Mardi 18 novembre 2008 2 18 /11 /Nov /2008 00:08

Conseils à vendre !!!!

Après avoir été professeur de marketing pendant un an, j’ai trouvé un travail deux fois mieux payé comme conseil auprès des entreprises. Je me voyais faire des rapports stratégiques très classes mais la réalité s’est révélée plus terre à terre, et très formatrice pour moi. J’allais intervenir auprès des directeurs de petites et moyennes entreprises de la région. L’affaire a commencé dans le saucisson et s’est terminé dans l’agneau labellisé. Entretemps, j’avais tâté à la pomme et au granit…

 

Le patron, un quadragénaire dynamique, me donna pour me tester un premier dossier. Par chance, je devinai le nom de la marque, qu’il avait caché. Il pensa (et je ne le détrompai pas) que je devais connaître à fond le tissu économique régional… Notre collaboration débuta par un double mensonge puisque j’étais enceinte de mon troisième enfant, détail que je jugeai bon de taire lors de l’entretien d’embauche : On se fait si facilement des idées fausses sur la fragilité des femmes…

 

Ma vie de conseil me plaisait ; je courais à droite et à gauche, je rédigeais des rapports, je planifiais des plans commerciaux, je les initiais, parfois je les testais. Je me souviens avoir passé des journées entières à téléphoner aux clients de mes clients et à noter mes résultats pour leur prouver qu’on peut obtenir des résultats… La prise de rendez-vous par téléphone est un travail particulièrement lassant et décourageant mais qu’il faut prendre autrement. Il ne faut pas croire que tous les contacts vont être positifs mais peut-être un sur six ou sur dix.

 

Le patron cherchait les contrats et me refilais les rapports, les études et les formations. J’étais très étonnée au départ parce que je ne connaissais rien à rien et je voyais mal comment aider un producteur de saucisson à mieux vendre ou un granitier à exporter en Allemagne ou à se diversifier. Mais mon patron balayait mes scrupules d’un revers de main. Il avait recruté une documentaliste et grâce à elle, nous pouvions approfondir un secteur en deux temps trois mouvements. Cette documentaliste avait une extraordinaire chevelure rousse et bouclée. Elle nous permettait d’en savoir très vite autant, sinon plus, que notre client sur son secteur. Après, c’était juste une question de méthode et de travail.

 

J’ai énormément appris parce que je devais aborder une semaine un secteur, la semaine d’après un autre, je formais, je dirigeais une équipe commerciale, je rédigeais des rapports, je réalisais des études de marché. J’adorais ce boulot même si parfois je me demandais comment les clients pouvaient nous faire confiance. Pendant ce temps, mon ventre s’arrondissait et personne ne voyait rien. Je prenais ma petite voiture rouge et je roulais jusque dans le Tarn, même sous la neige pour honorer une formation à l’exportation pour des granitiers. Un jour, la neige était tombée toute l’après-midi et j’ai failli ne pas pouvoir rentrer…J’aimais rouler seule, admirer les chevaux, les paysages, m’arrêter au retour et dépenser d’un coup l’argent que je venais de gagner en achetant un trampoline pour les gamins. C’était une vie exaltante.

 

L’agneau du Lot voulait un label et je fus chargée d’enquêter auprès des bouchers du Lot leur avis sur cette viande et de vérifier si elle était mise en valeur dans leur vitrine. Je fis donc le tour de toutes les boucheries du Lot comme un brave petit soldat. Mais un jour, dans une boucherie, je vis des petites étoiles vertes et dorées. Je ne suis tombée dans les pommes qu’une ou deux fois dans ma vie, je ne savais pas que c’était ce qui était en train de m’arriver mais j’en eus cependant une intuition. Au bord de l’évanouissement, je demandai d’une faible voix d’agnelle : vous auriez une chaise s’il vous plaît ? Le brave boucher m’apporta une chaise et je pus réfléchir un peu et mesurer l’étendue de ma sottise. J’étais en train de travailler au-delà de mes forces parce que je me sentais en parfaite santé et que mon patron ne savait pas que j’étais enceinte… Je décidai de ralentir un peu. Lorsque mon patron apprit mon intéressant état, il fut stupéfait. Il se sentit surtout stupide de ne rien avoir vu : je devais accoucher dans quelques semaines.

 

Je fus absente un mois. Aux informations, la télévision nous montra un déluge de tirs verts, aussi brillant qu’un beau feu d’artifices. La guerre du Golf commençait ; Elle allait porter un coup fatal à notre petite société. Deux mois plus tard, nous acceptions une baisse de salaire pour préserver nos emplois et deux mois encore plus tard, la société ferma. Je fus licenciée pour cause économique. Mais à la maison, un petit mec bien sous tout rapport m’attendait. Il pesait déjà quatre kilos et il aimait déjà beaucoup qu’on lui raconte des histoires. Alors je lui racontais des histoires.

Par arille - Publié dans : Aventures
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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /Nov /2008 23:28
Petite, on pouvait la priver de dessert, elle préférait la viande et les frites.

Elle faisait une exception pour le baba au rhum, mais à la voir laper la petite flaque de rhum au fond du pot, on la soupçonnait de préférer au baba le rhum.

On pouvait la priver de télé, en général on la privait peu. On la voulait heureuse.

Plus tard, dans sa vingtaine, elle goûta fort les desserts ; dame blanche, banana split, moelleux au chocolat. C'était une nouveauté de la voir, elle toute en muscles, arrondir sensuellement sa bouche autour d'une cuillérée de moelleux.

A la moindre attaque de cellulite elle se privait de desserts. Mais elle ne se privait jamais de les regarder longuement aux vitrines des pâtisseries.
Par arille - Publié dans : Papilles
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Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 10:00
Où va-t-on ?
On va, sans toujours s'en douter, au dessert.  
Le dessert est le dernier moment, délicieux, la récompense  attendue pour avoir absorbé la soupe, mangé les haricots, pris des carottes, supporté  la daube, dégluti du Roquefort. Rien au delà.
Enfant, j'en étais sûr. Rien mour moi ne viendrait après le dessert. 
Les adultes se distinguaient par le café et le digestif.
Et, encore pour le digestif, certains jours. 
Moi, après le dessert, il n'y avait rien. 
Le dessert était au bout de la traversée. Grandir, c'était passer à l'au delà.    
Vieillissant, je commence à soupçonner l'illusion des adultes de mon enfance. Certes, j'ai goûté aux cafés. J'ai pris des digestifs. Mais, j'en reviens au dessert.
Je me demande parfois si la mort n''est pas le desert.
Le dernier moment, l'étal blanc comme une crême, le dessert. C'est alors que l'on fond.
Du coup, j'ai des soupçons.
Et si l'ordre du repas était celui de la vie... On en revient au dessert, sur le tard, quand on l'a senti. 
Ma traversée me mène au dessert, l'île d'Ithaque, Pénélope, la mort douce dans le grand lit central.
Je vais m'exiler au dessert. J'en serai le Saint Antoine. Là, plus de tentations. Tout sera donné; La belle vie. La mort. Le grand silence parfumé des crèmes et des anges.  
Par Yves le Pestipon - Publié dans : Papillonage
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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 00:01



Lasphrise vit sa traversée du Désert.

Les connections sont rares. Peu de pages sont lues.

Les récits d'Isabelle pourtant sont délicieusement instructifs.

Ce sont des desserts qu'il faut traverser. 

J'en aime l'aventure. S'y perdre est délectable.  Et l'on y glane fort pour soi. 

J'en apprécie la solitude. 

Lasphrise est un site oublié parmi des centaines de millions. C'est moins qu'une étoile. Il est pourtant plus qu'une tombe perdue parmi les bois.

Lasphrise propose un secret. 

C'est le Dessert. 

J'y reviendrai.

 















Par Yves le Pestipon - Publié dans : Révélations
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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 00:00

 

 

Je venais de donner ma démission, sur un coup de tête, de la grande société où je travaillais depuis quatre ans. On m’avait fait confiance et on me payait bien, mais j’avais décidé que je m’entendais mal avec ma chef. Je crois que j’avais envie de changer d’air. Je me suis donc mise sur le marché du travail. La trentaine, un bon diplôme, quelques années d’expériences… Que demander de plus ? J'essayai le monde de la mode. L’Oréal me refusa : je n’étais pas assez chic. Il fallait impressionner des coiffeurs et ma coiffure ne valait pas tripette. Je fis donc un effort de look. Je me fis un carré à la Cléopâtre, je me refis ma garde-robe façon visiteuse de l’espace avec rien qui dépasse et je continuai mes recherches avec une robe rouge cerise. Je ne sais pas si j’étais chic mais en tout cas je ne passais pas inaperçue.

 

J’eus un entretien dans une grande société concurrente de celle que j'avais quittée et ils se montrèrent très intéressés. Mais je n’avais pas eu le déclic. Une autre grande société concurrente se montra plus qu’intéressée. Je peux même dire que je fus presque harcelée. Mais cette société, même si elle était connue, était un peu excentrée par rapport à mes arrondissements préférés. En plus à l’intérieur il y régnait une odeur de vieux. C’était moche et sale. L’ambiance me donnait envie de m’endormir rien qu’à traverser le couloir. On sentait que rien ne s’était passé de fascinant ici depuis bien longtemps. C’est pourquoi avec ma tête au carré et ma jupe rouge, ils comptaient sur moi. J’aurais peut-être dû accepter, mais j’ai dit non.

 

Une troisième société concurrente, plus petite mais prometteuse à en croire sa vertigineuse progression, me proposa un poste de responsable commerciale nationale. Le salaire dépassait nettement celui de mon ingénieur de mari, alors j’ai dit oui, même si je n’avais aucune idée de ce que doit faire une responsable commerciale nationale. Jusque là, j’étais une pro du marketing et de la communication. J’allais très vite me rendre compte que le commercial et moi, ça faisait vraiment deux. Tout d’abord dans mes anciens jobs, la hiérarchie importait peu. Je travaillais avec des services différents, j’animais des projets et tout le monde collaborait. Je n’avais pas besoin de m’imposer parce que le projet en lui-même conditionnait l’avancement des travaux. Là, c’était différent. J’étais la seule femme de l’équipe, je me trouvais face à huit bonshommes dans la force de l’âge et mon salaire, s’il me semblait intéressant, était bien plus petit que le leur. Ils gagnaient l’équivalent en euros de cent cinquante mille euros par an ! Or pour eux le salaire déterminait la valeur de l'individu. J’avais une semaine pour leur en mettre plein la vue. Je mis trois mois et demi à le comprendre et à ce moment-là, c’était trop tard.

 

Je cumulais les erreurs. Je mangeais avec ma secrétaire. Elle m’avait été présentée par le patron comme étant un peu concon. L’association ne pouvait pas donc jouer en ma faveur. Dans le monde des affaires, bien choisir les personnes avec qui on mange est essentiel. J’avais tout faux. Cette fille, un jour, eut le réflexe de courir comme une flèche sur ses talons aiguille  pour ramasser un infirme qui venait de tomber. Je ne la trouvais pas si concon moi.

 

Les responsables régionaux dont j’étais sensée être la patronne me demandèrent quels projets j’avais pour la société et si j’avais l’intention de faire quelque chose pour ces ennuyeuses lois (et là ils me citèrent des numéros de lois et décrets que je ne connaissais pas). J’étudiais la situation, mais pas assez vite pour eux. Le responsable du Sud Ouest m’emmena dans sa ferme de Montastruc la conseillère où il régnait en grand châtelain. Je compris que j’aurais dû les épater tous ces commerciaux, mais comment ? J’en eus une idée lors d’une grande fête commerciale. Il y avait là des femmes, si l’on peut dire. Des commerciales qui pour s’imposer étaient encore plus machos et grossières que les hommes. Sous une apparence ultraféminine, elles juraient, montaient sur les tables, ouvraient leurs décolletés. Quel spectacle ! Il m’était difficile de rivaliser avec mon côté un peu garçon manqué et plutôt réservé. Si j’avais pu montrer que j’en avais, comme ils disaient, ils auraient pu me tolérer encore quelque temps. Mais mon décolleté n’était pas super garni et je n’appréciais pas les histoires cochonnes. Je ne servais donc vraiment à rien.

 

Je commis une dernière erreur, fatale celle-là. Comme nous avions réservé un voyage en Egypte d’une semaine, je demandais au patron s’il voyait un inconvénient à ce que j’y aille. Il me dit que non, mais ce fut l’hallali. Je passai de merveilleuses vacances à contempler les pyramides, monter sur des chameaux, me déguiser en bédouine, admirer le Nil depuis le bateau, visiter des tombeaux, mais au retour, l’ambiance fut moins chaleureuse.

 

Tout d’abord je ne compris pas pourquoi on semblait avoir déménagé mes affaires. Les trois mois d’essai venaient de se terminer mais pendant mes vacances, on avait discuté de mon cas. Ma décision est irréversible, me dit le patron. J’admirais, je prenais des leçons. Voilà comment j’aurais dû faire : j’aurais dû les engueuler tous les uns après les autres. Quoi ? Seulement ça de vendu ? Mais il était trop tard. Je pris donc mes clics et claques. J’avais beaucoup appris en quelques mois, sur le travail de responsable commerciale et sur mes capacités. Cela me servirait, un jour ou l’autre.

Par arille - Publié dans : Irritations
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