Partager l'article ! Une idiote au travail (11): Conseils à vendre !!!! Après avoir été professeur de marketing pendant un an, j’ai trouvé un travail ...
Conseils à vendre !!!!
Après avoir été professeur de marketing pendant un an, j’ai trouvé un travail deux fois mieux payé comme conseil auprès des entreprises. Je me voyais faire des rapports stratégiques très classes
mais la réalité s’est révélée plus terre à terre, et très formatrice pour moi. J’allais intervenir auprès des directeurs de petites et moyennes entreprises de la région. L’affaire a commencé dans
le saucisson et s’est terminé dans l’agneau labellisé. Entretemps, j’avais tâté à la pomme et au granit…
Le patron, un quadragénaire dynamique, me donna pour me tester un premier dossier. Par chance, je devinai le nom de la marque, qu’il avait caché. Il pensa (et je ne le détrompai pas) que je devais connaître à fond le tissu économique régional… Notre collaboration débuta par un double mensonge puisque j’étais enceinte de mon troisième enfant, détail que je jugeai bon de taire lors de l’entretien d’embauche : On se fait si facilement des idées fausses sur la fragilité des femmes…
Ma vie de conseil me plaisait ; je courais à droite et à gauche, je rédigeais des rapports, je planifiais des plans commerciaux, je les initiais, parfois je les testais. Je me souviens avoir passé des journées entières à téléphoner aux clients de mes clients et à noter mes résultats pour leur prouver qu’on peut obtenir des résultats… La prise de rendez-vous par téléphone est un travail particulièrement lassant et décourageant mais qu’il faut prendre autrement. Il ne faut pas croire que tous les contacts vont être positifs mais peut-être un sur six ou sur dix.
Le patron cherchait les contrats et me refilais les rapports, les études et les formations. J’étais très étonnée au départ parce que je ne connaissais rien à rien et je voyais mal comment aider un producteur de saucisson à mieux vendre ou un granitier à exporter en Allemagne ou à se diversifier. Mais mon patron balayait mes scrupules d’un revers de main. Il avait recruté une documentaliste et grâce à elle, nous pouvions approfondir un secteur en deux temps trois mouvements. Cette documentaliste avait une extraordinaire chevelure rousse et bouclée. Elle nous permettait d’en savoir très vite autant, sinon plus, que notre client sur son secteur. Après, c’était juste une question de méthode et de travail.
J’ai énormément appris parce que je devais aborder une semaine un secteur, la semaine d’après un autre, je formais, je dirigeais une équipe commerciale, je rédigeais des rapports, je réalisais des études de marché. J’adorais ce boulot même si parfois je me demandais comment les clients pouvaient nous faire confiance. Pendant ce temps, mon ventre s’arrondissait et personne ne voyait rien. Je prenais ma petite voiture rouge et je roulais jusque dans le Tarn, même sous la neige pour honorer une formation à l’exportation pour des granitiers. Un jour, la neige était tombée toute l’après-midi et j’ai failli ne pas pouvoir rentrer…J’aimais rouler seule, admirer les chevaux, les paysages, m’arrêter au retour et dépenser d’un coup l’argent que je venais de gagner en achetant un trampoline pour les gamins. C’était une vie exaltante.
L’agneau du Lot voulait un label et je fus chargée d’enquêter auprès des bouchers du Lot leur avis sur cette viande et de vérifier si elle était mise en valeur dans leur vitrine. Je fis donc le tour de toutes les boucheries du Lot comme un brave petit soldat. Mais un jour, dans une boucherie, je vis des petites étoiles vertes et dorées. Je ne suis tombée dans les pommes qu’une ou deux fois dans ma vie, je ne savais pas que c’était ce qui était en train de m’arriver mais j’en eus cependant une intuition. Au bord de l’évanouissement, je demandai d’une faible voix d’agnelle : vous auriez une chaise s’il vous plaît ? Le brave boucher m’apporta une chaise et je pus réfléchir un peu et mesurer l’étendue de ma sottise. J’étais en train de travailler au-delà de mes forces parce que je me sentais en parfaite santé et que mon patron ne savait pas que j’étais enceinte… Je décidai de ralentir un peu. Lorsque mon patron apprit mon intéressant état, il fut stupéfait. Il se sentit surtout stupide de ne rien avoir vu : je devais accoucher dans quelques semaines.
Je fus absente un mois. Aux informations, la télévision nous montra un déluge de tirs verts, aussi brillant qu’un beau feu d’artifices. La guerre du Golf commençait ; Elle allait porter un coup fatal à notre petite société. Deux mois plus tard, nous acceptions une baisse de salaire pour préserver nos emplois et deux mois encore plus tard, la société ferma. Je fus licenciée pour cause économique. Mais à la maison, un petit mec bien sous tout rapport m’attendait. Il pesait déjà quatre kilos et il aimait déjà beaucoup qu’on lui raconte des histoires. Alors je lui racontais des histoires.
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